J'espérais la mention très bien, le sort (et mes correcteurs !) en ont décidé autrement. J'affiche donc au compteur un honorable quatorze virgule soixante et onze de moyenne, qui se traduit par une mention bien.
Très bonne surprise en ce qui concerne l'écrit de français que j'ai repassé cette année et qui m'a rapporté un 17/20, soit 20 points de plus qu'il y a deux ans (7/20)
Voici le travail que j'ai fait pour le sujet d'invention:
" Le narrateur du Temps retrouvé croise une femme qu'il a aimée dans sa jeunesse et pour laquelle il conserve une vive affection. Il perçoit, sous ses traits vieillissants, les traces de sa beauté d'autrefois. En vous inspirant de l'extrait proposé (texte D), vous imaginerez la description qu'il pourrait en faire."
M'arrachant à la contemplation du noble vieillard, une femme que j'aperçus dans une pièce voisine attira mon attention. Assise devant un piano droit en bois de rose, elle jouait, pour un petit groupe de ces gens du monde, un morceau lent et douloureux que je reconnus comme étant une gymnopédie du très apprécié Erik Satie. Je fus frappé par la cambrure de son dos, qui ne semblait pas avoir été victime du nombre d'années passées. Malgré son age, sa silhouette sculpturale évoquait celle d'une déesse grecque : les courbes d'Aphrodite et le port de tête d'Athéna qui s'embrassaient en une apparence de grave beauté.
M'approchant plus encore, je pus distinguer son visage et la reconnaître. Nul besoin, cette fois, qu'on me la désigne pour que surgissent en moi les souvenirs du juvénile amour que je lui avais porté plusieurs décennies auparavant. Antoinette, qui avait disparu de ma mémoire, y refît soudainement surface à la lumière de son visage vieillissant. Ses cheveux, autrefois lisses et légers, paraissaient maintenant rêches, comme un linge qu'on aurait trop lavé et leur brun aux reflets plaisants s'était éteint, dévoilant une chevelure couleur de sel. Le temps prélève lui aussi la gabelle.
Ses yeux quant à eux brillaient toujours d'un noir intense mais on n'y distinguait plus l'étincelle d'autrefois qui illuminait son regard d'un sentiment d'insouciance qu'on ne pouvait, comme hypnotisé, que partager. Désormais, on pouvait y lire les mots de la mélancolie, les mots d'une nostalgie qui ne souffrait d'aucun remède. Et la profondeur dans laquelle j'avais rêvé de me perdre était maintenant cachée par des paupières alourdies par le temps et les épreuves, comme le font des rideaux voilant la scène où fut jouée une pièce magnifique. Fuyant cette scène abandonnée, le nez légèrement aquilin conservait les traces de sa beauté passée. Plus ridé et moins coloré, il donnait cependant au visage l'aspect que j'avais tant aimé. Chaque trait de son visage témoignait du temps et de la beauté passés mais les lèvres n'avaient rien perdu de la fraîcheur que j'avais connue. Elles paraissaient fatiguées d'avoir trop parlé et peut-être trop aimé mais elles semblaient disposées à continuer jusqu'à n'en plus pouvoir. Le plaisir y apparaissait, ponctuant chaque note, alors que ses mains, graciles et délicates, caressaient lentement l'ivoire de l'instrument. Ces mains blanches et fragiles semblaient avoir subi l'effort de toute une vie et s'animaient encore dans un sursaut musical, pour leurs derniers moments de romantisme.
D'Antoinette, la beauté émanait comme le fait le parfum d'une fleur se dévoilant au crépuscule, et je n'ai eu de cesse, autrefois, de tenter de la cueillir.
Et je ne dirai pas qui fut mon inspiratrice pour faire ce portrait mais j'imagine que certains s'en doutent !




